Au bon souvenir de Staline
Première mondiale pour Europalia Russie: l'expo des aquarelles géantes du rêve architectural stalinien.
Jamais réalisé, le palais des Soviets trône au coeur de la dernière exposition d'Europalia Russie, à Bruxelles. Autour de la maquette babélienne de ce temple totalitaire de 415 mètres de haut, des aquarelles monumentales illustrent les perspectives de la grandiloquence stalinienne. La tour utopiste du rêve d'absolu bureaucratique du despote soviétique ne dépassera pas le stade des fondations. Le trou béant au coeur de Moscou sera utilement transformé en piscine d'extérieur chauffée, très prisée par plusieurs générations de jeunes camarades socialistes...
Mais entre 1935 et 1950, Staline parviendra tout de même à hérisser sa capitale mondiale du communisme de sept tours triomphantes. Pour la plupart privatisées, elles sont encore debout et alimentent la nostalgie populaire d'une toute-puissance révolue. Avant d'ériger ces « titans de la vie nouvelle à la gloire des ouvriers et des paysans des kolkhozes », les architectes en avaient esquissé les façades orgueilleuses sur des toiles de plusieurs mètres carrés.
Elles sont montrées pour la première fois depuis l'époque stalinienne, au Botanique. David Sarkisyan, directeur du Musée d'architecture de Moscou, nous a expliqué le pourquoi de la fascination des Russes pour les gratte-ciel de Staline.
« Personnellement, je n'aimais pas ces buildings. Je les voyais comme des vitrines grandioses du régime stalinien. Pourtant, même les Russes les plus anticommunistes souhaitent les préserver. Signe de cette fascination : parmi les tours, deux abritent des appartements désormais privatisés qui se vendent 5.000 euros le mètre carré. Deux sont des hôtels propriétés de la Ville de Moscou, qui est en train de les céder à des chaînes privées. Deux autres hébergent des ministères et il y a aussi celle de l'université de Moscou. Ces édifices suscitent toujours une réelle fierté. Ils ont été très bien réalisés par de grands architectes. Tout en s'inspirant du modèle des gratte-ciel américains, ils avaient une touche pittoresque typiquement russe qui n'existe plus. »
En 2005, la Russie social-capitaliste affronte une perte de créativité consternante. Sous Staline, les meilleurs architectes, ingénieurs et artisans avaient été chargés d'apporter une réponse à « l'architecture occidentale décadente ». Aujourd'hui, l'État reste farouchement centralisé. Mais l'architecture n'intéresse plus personne parmi les élites politiques. Deux buildings postmodernes se disputent le titre de « huitième tour de Moscou ». Il s'agit de projets spéculatifs menés par des promoteurs privés et des architectes passéistes étrangers...
« Le Triumph Palace, dont l'esthétique s'inspire des tours de Staline est quasi terminé. Staline rêvait de bâtir la tour la plus haute du monde : celle-ci est la plus haute d'Europe ! Dans le même style et tout aussi pauvre d'inspiration, il y a l'Edelweiss. On n'a jamais vu autant de projets immobiliers à Moscou, mais ils sont guidés par les seules règles du profit. Il n'y a plus de grands architectes en Russie. Quelques jeunes plus talentueux arrivent sur le marché, mais ils n'ont rien à proposer de surprenant ni de novateur. »


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