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17.12.05

Le Grec Yannis Yannikos rêve de relancer la Pravda, son journal

Homme-clé des relations gréco-russes dans les années 1970-1990, Yannis Yannikos, aimerait faire revivre le mythique quotidien Pravda, fondé par Lénine, dont il est toujours le propriétaire légal.
Agé de 82 ans, ce magnat de la presse s'est fait un nom à l'étranger en rachetant en septembre 1992, 55% des parts de ce journal qui fut l'organe du parti communiste de 1912 jusqu'à la fin de l'empire soviétique, en 1991.
Mais son opposition à Boris Eltsine, le maître à l'époque du Kremlin, a fini par l'écarter de Moscou, estime-t-il.

"On nous a chassés de Russie mais nous y gardons tout de même des contacts. Notre rêve, c'est de revenir et de faire revivre la Pravda", affirme à l'AFP son fils, Stathis Yannikos, qui travaille aux côtés de son père.

"Quand on est arrivés, le journal, logé dans un bâtiment de 12 étages dans 80.000 m2, était en train de mourir. Nous avons modernisé une entreprise obsolète", dit-il.

Mais lors de la tentative de putsch contre Eltsine de 1993, menée par des nostalgiques de l'époque soviétique, Yannis Yannikos défend les opposants au Kremlin. "On le paiera cher", ajoute Stathis Yannikos.

Peu avant cette date, le gouvernement grec et les Russes lui avaient demandé de servir d'intermédiaire dans des ventes d'armes vers la Grèce, des missiles aériens notamment. Mais progressivement, les rapports avec l'administration Eltsine se sont dégradés et les Yannikos ont été écartés des contrats.

Ils s'estiment aujourd'hui floués et ont lancé une procédure judiciaire pour tenter de récupérer auprès de l'Etat grec une partie des commissions dont ils jugent avoir été lésés.

Le 17 août 1998, le quotidien Pravda ferme notamment à la suite d'une série de redressements fiscaux. "On ne pouvait plus travailler, il fallait fermer, ils nous ont étranglés économiquement". Yannikos garde cependant toujours les droits du titre (dont le nom a été décliné en Russie sur différentes parutions) et des propriétés du journal.

Le vieux lion s'estime trompé et demande justice: "quoiqu'il arrive, je ne baisserai pas les bras", affirme-t-il devant une énorme carte de l'empire soviétique dans l'institut Pouchkine d'Athènes, fondé par Stathis en 1992.

Fils d'un ancien petit émigrant grec à Pittsburg aux Etats-Unis au début du XXème siècle, revenu au pays pour la première guerre mondiale, Yannis Yannikos a combattu avec le maquis communiste dans les montagnes contre l'occupant nazi.

Il sera dès lors un compagnon de route du parti communiste grec (KKE) sans jamais y adhérer. En pleine guerre civile (1946-49), il sera condamné à mort neuf fois et envoyé à Corfou (mer Ionienne). Il sera libéré en 1961.

Il trouve du travail comme typographe à Athènes et s'adresse à l'ambassade soviétique pour la publication d'un livre qu'il vendra sous le manteau à une époque où toute la gauche grecque est pourchassée.

Il se lance ensuite avec succès dans l'édition de diverses encyclopédies grecques. La junte des colonels (1967-74) le ruinera. Mais en 1975 il se rend à Moscou pour négocier la traduction et la publication de la Grande encyclopédie soviétique (35 tomes). Ce sera son plus grand succès : il en vendra 150.000 exemplaires, et gagnera avec des publications annexes 180 M EUR.

En 1978, il se rendra de nouveau au Kremlin pour aider les soviétiques à pénétrer le marché grec en créant sous un nom d'emprunt le journal Ethnos qui connaîtra au début des années 80 un succès flamboyant.

"Notre rôle dans les relations gréco-russes a été déterminant", affirme Stathis Yannikos. "Il faut éclaircir les affaires d'armes et après nous pouvons envisager un retour en Russie et la reprise de la Pravda".