Alors qu'en Chine des millions d'habitants sont toujours privés d'eau potable, la pollution au benzène pourrait gagner la Russie via le fleuve Amour. Hier, les habitants de Khabarovsk, dans l'Extrême-Orient russe, s'y préparaient. Pékin a déjà présenté ses excuses pour ce nouveau contentieux avec Moscou...
Visite surprise du Premier ministre chinois.
Wen Jiabao s'est rendu ce samedi à Harbin, au nord-est du pays, pour encourager les militaires distribuant des filtres à eau aux quelque 3,8 millions d'habitants privés d'eau courante pour la quatrième journée consécutive. Le gouvernement a averti les habitants que l'alimentation en eau ne reprendrait pas avant 23h dimanche, soit 24 heures après ce qui était auparavant prévu. Cette visite surprise semblait être destinée à la fois à inciter les autorités locales à faire tout ce qu'elles peuvent pour aider la population et à regonfler le moral des fonctionnaires qui ravitaillent les habitants en eau grâce à des camions-citernes. Mais cette catastrophe écologique est source d'embarras pour le gouvernement du président Hu Jintao, qui a promis de nettoyer les dégâts environnementaux qui ont accompagné 25 ans de croissance économique très rapide, et de s'occuper du bien-être des Chinois. Vendredi, les journaux officiels ont accusé les autorités locales d'avoir réagi trop lentement à l'explosion qui s'est produite le 13 novembre dans l'usine chimique, leur reprochant notamment de n'avoir pas dit la vérité à l'opinion publique avant cette semaine.
100 tonnes de benzène dans la rivière Songhua.
Des millions d'habitants de Harbin, dans le nord-est de la Chine, ont passé vendredi une troisième journée sans eau potable. La nappe fortement toxique s'étire sur 80 km du cours de la rivière et devrait traverser ce samedi Harbin, ville de neuf millions d'habitants et capitale de la province du Heilongjiang. Cent tonnes de benzène et autres substances toxiques se sont déversées dans cette rivière à la suite d'une explosion survenue le 13 novembre, qui a fait cinq morts dans une usine pétrochimique en amont sur le cours de la Songhua, rivière dans laquelle est puisée l'eau courante de Harbin. Le gouvernement chinois a dépêché sur place une commission d'enquête. Les toxines libérées dans la rivière sont 30 fois supérieures au seuil maximal toléré. Une autre explosion dans une usine pétrochimique de la ville de Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine, a fait un mort et trois blessés jeudi. Plus de 6.000 personnes ont, là aussi, été évacuées en raison de craintes d'une contamination au benzène.
La Russie menacée.
En outre, cette rivière Songhua se jette dans le fleuve Amour, frontière naturelle entre la Russie et la Chine. La région de Khabarovsk pourrait donc être polluée. Hier, les habitants de cette ville faisaient des réserves d'eau. Une cellule de crise va recevoir "deux fois par jour les résultats des analyses" de l'eau de l'Amour. L'eau de ce fleuve est en effet consommée par plus de 1,5 million d'habitants de cette région russe, et notamment par les 600.000 résidents de la ville de Khabarovsk. La nappe toxique, longue de 80 kilomètres, progresse vers la Russie depuis la province chinoise de Jilin. Elle devrait passer la frontière en milieu de semaine prochaine, mardi ou mercredi, et ne devrait arriver à la hauteur de Khabarovsk que le 4 ou le 5 décembre, selon le ministère des Ressources naturelles.
Fait rare : Pékin s'excuse.
Mais de son côté, le gouvernement chinois reconnaît bien que 100 tonnes de benzène ont été déversées dans la rivière, ce qui inquiète le Fonds mondial pour la nature (WWF). Sans oublier les inquiétudes de plusieurs experts qui craignent des répercussions sur la santé humaine, la chaîne alimentaire et l'écosystème de la région. Moscou a d'ailleurs critiqué Pékin pour sa lenteur à fournir des informations. Et envisage d'ores et déjà de demander des comptes à Pékin. "Les Chinois doivent compenser nos pertes", a ainsi anticipé Viktor Choudegov, président du Comité pour l'environnement, l'éducation et les sciences au Conseil de la Fédération (Chambre haute du Parlement), cité par l'agence Ria-Novosti. Et fait rare : Pékin a déjà présenté des excuses publiques à Moscou pour les dégâts que pourrait provoquer cette pollution en Russie. La télévision chinoise a diffusé samedi les images d'une rencontre entre le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing et l'ambassadeur russe Sergueï Razov pour discuter de cet accident.