En Russie, une rocambolesque affaire d'espions britanniques
Une «pierre électronique», le financement secret d'organisations non gouvernementales, l'implication de quatre diplomates…, c'est le scénario révélé par les services spéciaux russes. Londres dément. Les défenseurs des droits de l'Homme crient à la manip'.
Une pierre truffée d'électronique placée à Moscou, en un endroit anodin, permettait aux diplomates britanniques de transmettre des données secrètes et de financer clandestinement des organisations non gouvernementales... Les services secrets russes viennent de «dévoiler», avec force détails, une machination digne des meilleurs James Bond. Quatre diplomates de l'ambassade de Grande-Bretagne à Moscou auraient transmis et reçu des données confidentielles en passant à quelques mètres de cette pierre électronique, a révélé dimanche soir la chaîne de télévision d'Etat russe Rossia, montrant des documents et des images directement fournis par le FSB, les services secrets qui ont succédé au KGB. Selon ce reportage, le deuxième secrétaire de l'ambassade, Marc Doe, usager de la pierre électronique, aurait ainsi remis 23.000 livres sterling (33.400 euros) le 27 octobre 2004 au groupe Helsinki, l'une des plus importantes organisations de défense des droits de l'homme à Moscou, et 5.719 livres sterling (8300 euros) mercredi dernier au fond Eurasie pour le développement de petits journaux indépendants.
«Nous sommes inquiets et surpris de ces allégations», a réagi lundi le ministère britannique des Affaires étrangères, rejetant toute accusation de «conduite déplacée dans nos relations avec les organisations non gouvernementales russes. Toute notre aide est remise ouvertement et vise à soutenir le développement d'une société civile saine en Russie», a protesté le Foreign Office. Pour la présidente du groupe Helsinki de Moscou, la célèbre dissidente Lioudmila Alexeeva, ces «révelations» s'inscrivent surtout dans le cadre de la «campagne de diffamation des défenseurs des droits de l'homme» lancée par les autorités russes. Alors que Vladimir Poutine vient de promulguer une nouvelle loi corsettant très sévèrement les organisations non gouvernementales (ONG), Lioudmila Alexeeva soupçonne «une machination des forces sombres de notre pays qui voudraient profiter de cette nouvelle loi pour fermer les organisations de défense des droits de l'homme les plus actives».
Les trois autres diplomates britanniques incriminés par le FSB sont deux secrétaires-archivistes, Chris Peart et Andrew Fleming, et un assistant du représentant officiel du renseignement britannique, qui tous auraient été vus passer à proximité de la pierre électronique.


<< Home