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2.1.06

La Russie accuse l'Ukraine d'avoir volé des millions de m3 de gaz

Le groupe gazier russe Gazprom a accusé lundi l'Ukraine d'avoir volé 100 millions de mètres cubes de gaz russe à destination de l'Europe, où plusieurs pays dont l'Autriche et la Hongrie ont déjà constaté une forte diminution de leur approvisionnement habituel.

"Le volume de gaz volé par l'Ukraine dans le gazoduc à destination de l'Europe le 1er janvier est de près de 100 millions de mètres cubes, pour une valeur de plus de 25 millions de dollars au prix du marché", a accusé Alexandre Medvedev, le vice-président de Gazprom, envenimant la crise au lendemain de la coupure des livraisons de gaz russe à l'Ukraine. "Si le vol se poursuit à un tel rythme, le volume et le coût du gaz volé vont prendre des dimensions considérables", a mis en garde M. Medvedev.

L'Ukraine a pour sa part démenti lundi se livrer à tout prélèvement du gaz destiné à l'Europe. Tout en menaçant, par la voix de son ministre de l'Energie, d'en prélever en cas de chute des températures, alors que les premières baisses d'approvisionnement se font sentir chez les voisins européens de l'Ukraine. La Hongrie a ainsi constaté une baisse de 40% de la pression du gaz naturel venant d'Ukraine voisine, la Roumanie de 25% ou encore la Pologne et la Croatie.
L'Autriche, qui importe depuis la Russie 59% de sa consommation de gaz, a relevé que l'approvisionnement en gaz russe transitant par l'Ukraine avait diminué "d'environ un tiers". L'Europe subit ainsi le premier contrecoup, attendu, de ce conflit gazier opposant depuis plusieurs semaines la Russie et l'Ukraine, puisque Moscou lui fournit un quart de sa consommation de gaz naturel, et que quelque 90% des importations européennes de gaz russe passent par l'Ukraine.

Gazprom pour sa part a mis en garde Kiev qu'il userait de "tous les recours" pour pouvoir approvisionner normalement ses clients européens lésés par ce "vol" de 100 millions de mètres cubes sur les dernières 24 heures, alors qu'en temps normal il livre 360 millions de m3 de gaz via l'Ukraine en Europe. "Face au vol évident de notre gaz d'exportation, et afin de pouvoir approvisionner l'Europe en énergie, nous avons pris la décision d'avoir recours à toutes les mesures possibles afin que les consommateurs occidentaux continuent de recevoir du gaz comme prévu par les contrats", a mis en garde le vice-président de Gazprom.

Et d'annoncer une première mesure de rétorsion contre l'Ukraine, avec le blocage du transport du gaz que Kiev importe en quantité du Turkménistan, pays d'Asie centrale qui fait transiter son gaz vers la Russie. "Ne passe par nos gazoducs que du gaz russe destiné à l'exportation et pas du gaz turkmène", a dit M. Medvedev.

Or, après la coupure de gaz russe dimanche, l'Ukraine compte en grande partie sur le gaz qu'elle importe du Turkménistan. Elle a signé fin décembre avec ce pays d'Asie centrale un accord pour l'achat de 40 milliards de m3 de gaz en 2006 au prix de 50 dollars par 1.000 m3. Gazprom avait accusé dès dimanche soir l'Ukraine de prélever dans ses gazoducs du gaz russe en transit à destination de l'Europe occidentale. La Russie a coupé ses livraisons de gaz à l'Ukraine dimanche matin en raison d'un différend sur les prix. Les autorités ukrainiennes ont évoqué lundi la possibilité de prélever une partie du gaz destiné aux clients ouest-européens en cas de difficultés entraînées par la coupure.

Cependant, s'exprimant devant la presse à Kiev dimanche soir, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko avait déclaré que le transit vers l'Europe n'avait pas été affecté par l'arrêt des livraisons à l'Ukraine. Et la compagnie ukrainienne Naftogaz a assuré lundi qu'elle ne se livrait à aucun prélèvement.