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27.2.06

En matière de contrefaçon, la Russie est plus victime que leader

Le correspondant de RIA Novosti Alexeï Pesliak s'est entretenu du piratage intellectuel avec le directeur du Service fédéral de la propriété intellectuelle Rospatent, Boris Simonov.

Alexeï Pesliak: L'Alliance internationale de la propriété intellectuelle (IPPA), fondée par les Etats-Unis, a publié récemment un rapport sur le piratage intellectuel dans le monde.

Ses auteurs affirment que la Russie est leader mondial en matière de contrefaçon d'objets de propriété intellectuelle. D'après les données de l'IPPA, le taux de piratage enregistré en Russie dans les principaux secteurs a atteint 70% en 2005. Que pouvez-vous dire à ce sujet?

Boris Simonov: Je tiens à faire remarquer que les calculs de l'IPPA portent sur les seuls produits multimédia piratés tout en tirant des conclusions pour la totalité des produits. On voit mal pourquoi, du point de vue des contrôleurs, le taux de piratage enregistré dans le secteur multimédia doit servir de critère pour juger de tous les produits et services. A mon avis, on ne doit pas généraliser cet indice qui ne concerne qu'un segment peu important du marché. Il est aujourd'hui évident que lors des cinq - six dernières années la Russie a diminué son taux de piratage de 30%, ce qui est une très bonne tendance. En ce qui concerne la méthode de calcul, elle est inacceptable car elle s'applique aux unités de production importées en Russie. La Russie ne produit ni équipements, ni produits de base. Tout cela vient de l'étranger. Bien des usines sortent des produits piratés portant le label "Made in USA". Autant dire que, sur le plan du piratage intellectuel, la Russie est plutôt victime que leader.

A.P.: Quelle est aujourd'hui la situation des titulaires de droits d'auteur russes ?

B.S.: Je tiens à souligner qu'aujourd'hui les titulaires de droits d'auteur russes sont dans une situation plus vulnérable que les étrangers. Sur le marché russe, la demande de produits nationaux affiche une nette tendance à prédominer sur la demande en produits étrangers. Le plus gros préjudice concerne donc les titulaires russes de droits d'auteurs et assimilés. Je ne peux pas faire confiance aux calculs de l'IPPA tant que je n'ai pas vu les résultats de nos propres calculs. En revanche, l'intransigeance vis-à-vis des vols de propriété intellectuelle qui commence à se faire sentir dans le pays est déjà un progrès. Auparavant, seulement 3 à 4% de la population achetait des produits légaux, aujourd'hui ce pourcentage est beaucoup plus important. Les gens qui pensent soutenir le producteur national en achetant un produit légal sont beaucoup plus nombreux. Ils ne soutiennent plus les pirates juste parce que leurs produits sont moins chers. Nous avons beaucoup fait pour diminuer le prix des CD et DVD. Nous avons engagé un dialogue avec les producteurs russes. Le résultat est éloquent : certains films, notamment "La Neuvième compagnie", "Aviator", "Le Gambit turc", ont été vendus moins chers que leurs copies piratées. Il est d'ores et déjà possible d'influer sur le prix des produits légaux, il suffit d'expliquer aux gens où ils peuvent les acheter et comment les distinguer des copies piratées.

A.P.: Pourquoi les DVD légaux sont-ils subitement devenus moins chers que les piratés ? Ils ont toujours été plus chers.

B.S.: C'est pour cela que nous proposons que le prix soit raisonnable. Il faut exclure les superprofits parce que même au prix de 3 dollars pièce le bénéfice est considérable. Avec des dépenses directes à la production au niveau de 1 dollar pièce, le bénéfice atteint souvent les mille pour cent. Les pirates en profitent car chez eux les dépenses directes sont encore plus basses. Lorsque nous commençons à jouer sur la différence de prix entre les produits légaux et piratés, le facteur économique joue différemment : les gens préfèrent la production légale parce que la différence de prix devient de moins en moins perceptible. Ces mesures ne sont pas encore pratiquées dans l'ensemble du pays mais elles indiquent la direction dans laquelle il faut avancer. J'ai déjà vu des magasins où les DVD se vendaient 1,5 à 2 euros en version originale et près de 4 euros en version piratée.

A.P.: Est-ce que cela signifie que le taux de piratage diminuera petit à petit?

B.S.: Certainement. Dans le secteur des logiciels Microsoft il a déjà chuté et ne dépasse pas 40%. Chaque titulaire de droits d'auteur doit s'occuper lui-même de ses produits parce que s'il ignore ce qui se passe dans son secteur d'activité, il met en péril sa production. Il doit connaître le taux de piratage sur son marché. Pour notre part, nous sommes prêts à aider les titulaires de droit d'auteur légaux en leur accordant, entre autres, un soutien administratif...