La dette russe doit servir aux pays pauvres, dit Poutine
La Russie a démontré sa bonne volonté face à ses partenaires du Groupe des Huit en s'engageant à rembourser une partie de sa dette, mais elle n'a pas réussi à convaincre ses partenaires d'utiliser ces fonds pour l'effacement de la dette des pays plus pauvres.
Le président Vladimir Poutine a déclaré aux ministres des Finances du G8 que la Russie était prête à rembourser pour jusqu'à 11,9 milliards de dollars de dette héritée de l'ère soviétique qu'elle doit au Club de Paris.
Il a estimé que certains de ses partenaires du G8 pourraient utiliser cet argent pour recapitaliser la branche de la Banque mondiale chargée de l'effacement d'une dette multilatérale de 38 milliards de dollars - une initiative issue du sommet de juillet 2005 à Gleneagles, en Ecosse.
Les autres ministres du G8 - qui comprend également les Etats-Unis, le Japon, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, l'Italie et le Canada - n'ont pas endossé la proposition russe, même si le communiqué final de la réunion salue le remboursement anticipé de la dette russe.
Devant les ministres du G8 réunis au Kremlin, Poutine a déroulé son argumentaire en s'inquiétant de l'état de l'économie mondiale.
"Malgré les bons indicateurs pour la croissance économique en 2006, il y a diverses raisons de s'inquiéter. L'architecture financière et économique mondiale montre des signes avant-coureurs d'instabilité", a-t-il déclaré dans une intervention diffusée à la télévision.
La flambée des prix du pétrole remplit les caisses de la Russie, deuxième exportateur mondial de pétrole, tout en pesant sur les finances des pays consommateurs.
"Il est clair que certains pays créanciers connaissent une pénurie de fonds et ils pourraient utiliser l'argent rendu disponible par le remboursement de la dette de la Russie pour des contributions aux organisations internationales", a-t-il argué.
Le G8 n'a pas encore trouvé de moyen de recapitaliser l'Association de développement international (ADI), branche de la Banque mondiale, qui a besoin d'une injection de fonds pour absorber le choc de l'effacement des dettes.
ACCUEIL MITIGÉ DES REMBOURSEMENTS RUSSES
Mais les autres ministres du G8 ont refusé de lier la dette des pays pauvres au remboursement de la dette russe dont les recettes pourraient plutôt à servir à améliorer les soldes budgétaires des pays créanciers.
Poutine a déclaré que la Russie était disposée à verser 587 millions de dollars pour contribuer à combler le déficit structurel de financement de l'ADI.
Mais Alexeï Koudrine, ministre russe des Finances, a dit que le G8 devait encore redoubler d'efforts pour mettre en oeuvre son initiative sur l'allègement de la dette de l'Afrique.
"Nous avons l'intention d'accélérer nos efforts sur ce dossier et de prendre les décisions nécessaires afin que cela puisse entrer en vigueur", a dit Koudrine à la presse. "Nous avons pris la décision politique à ce sujet, mais nous devons mettre au point les procédures".
Paul Wolfowitz, président de la Banque mondiale, qui cherche à lever les fonds nécessaires au financement du programme d'effacement de 40 années de dette, a salué la position russe.
"Du point de vue de la Banque mondiale, c'est une possibilité bienvenue", a-t-il déclaré à Moscou.
La Russie a racheté l'année dernière au Club de Paris pour 15 milliards de dollars - dont elle devait la plus grande partie à ses partenaires du G8.
Koudrine a estimé qu'il pourrait être possible de racheter une deuxième tranche de dette aux mêmes modalités d'ici six mois environ.
Mais certains pays créanciers renâclent à renoncer à une dette aux rendements élevés. L'Allemagne, en particulier, s'oppose au rachat de quelque six milliards d'euros de dette russe au Club de Paris qu'elle a utilisée pour émettre des emprunts.
"Nous sommes intéressés par une solution gagnant-gagnant", a déclaré Peer Steinbrück, ministre allemand des Finances. "Nous ne sommes pas intéressés par un remboursement de dette d'une ampleur aussi considérable que la partie russe le suggère".


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