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10.5.06

Poutine doit exposer les ambitions internationales de la Russie

Le président russe Vladimir Poutine va mettre à profit son discours annuel sur l'état de la Nation mercredi pour exposer les ambitions internationales de la Russie, alors que Washington et l'Europe s'inquiètent de sa puissance énergétique croissante.
Ce discours devant les parlementaires, d'ordinaire axé sur la politique intérieure, aura cette fois une forte tonalité internationale, croit savoir le quotidien des affaires Vedomosti, citant des sources au Kremlin.

M. Poutine devrait réaffirmer que la Russie reste orientée vers l'Ouest, malgré de multiples tensions économiques et diplomatiques - notamment sur le dossier nucléaire iranien - mais qu'elle entend être traitée comme un partenaire à part entière.

Selon Vedomosti, citant un collaborateur du Kremlin, le président russe a déjà souligné à maintes reprises que la Russie est un "pays européen", orienté vers l'Ouest même si une immense partie de son territoire se trouve en Asie.

"Mais on n'est pas toujours prêt (à l'Ouest) à nous accueillir comme un partenaire égal. Cette situation ne peut nous convenir", souligne ce même collaborateur sous couvert de l'anonymat.

La question de la place de la Russie dans le monde est d'autant plus actuelle que Moscou préside cette année le G8 et redevient un acteur géostratégique clé grâce à ses immenses réserves en hydrocarbures.

Cette nouvelle puissance, quinze ans après la chute de l'URSS, est apparue au grand jour avec la guerre du gaz russo-ukrainienne au début 2006, qui a brusquement fait prendre conscience aux Européens de leur dépendance énergétique croissante à l'égard de Moscou.

La Russie avait alors brièvement suspendu ses livraisons de gaz à l'Ukraine en raison d'un différend sur les prix, donnant ainsi l'impression de vouloir régler ses comptes avec un pays qui s'est affranchi de sa tutelle après la Révolution orange de 2004.

Revenant sur cette polémique, le président américain George W. Bush s'est dit "inquiet" lundi, dans une interview au quotidien allemand Bild, "quand des groupes (énergétiques) sont utilisés visiblement à des fins politiques".

L'Europe a aussi vivement réagi lorsque le géant gazier russe Gazprom, relayé par le président Poutine, a laissé entendre en avril qu'il se tournerait vers les marchés d'Asie-Pacifique si ses projets d'expansion commerciale étaient contrariés sur le continent européen.

La Russie est de son côté irritée par les critiques récurrentes de Washington sur son recul démocratique. La presse russe parle même de nouvelle "Guerre froide" depuis que le vice-président américain Dick Cheney a reproché le 4 mai à la Russie de s'écarter du chemin démocratique et d'utiliser l'arme énergétique contre ses voisins.

"Il est temps que l'Occident reconnaisse (...) que la Russie a mûri et fait des progrès", a souligné lundi le ministre russe de l'Energie Viktor Khristenko dans le quotidien britannique Financial Times.

Le discours présidentiel, qui doit commencer à 08H00 GMT et durer environ une heure, permet aussi de tracer les grandes priorités du pays. M. Poutine devrait donc faire le point sur les quatre "projets nationaux" (logement, éducation, santé, agriculture).

Lors de sa précédente adresse à la Nation le 25 avril 2005, le chef du Kremlin avait fait du "développement de la Russie en tant qu'Etat libre et démocratique" une mission "politique et idéologique" prioritaire.