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30.8.06

La Russie fait une entrée surprise dans le capital d'EADS

L'action du groupe européen d'aéronautique et de défense EADS a grimpé de 3,32 %, à 23,41 euros, mardi 29 août à la Bourse de Paris, après l'annonce du rachat de 5 % des parts du groupe par la banque publique russe Vnechtorgbank.

Deuxième banque de Russie, la Vnechtorgbank, détenue par l'Etat, a racheté depuis juin entre 4,5 % et 4,8 % des actions d'EADS pour 1 milliard de dollars (780 millions d'euros) et s'apprête à poursuivre l'acquisition - pour 200 millions de dollars de plus - selon une information publiée, mardi, par le quotidien économique russe Vedomosti, citant des sources anonymes.


Vedomosti souligne aussi la "percée" de la banque russe devenue désormais copropriétaire du groupe fondé par la France, l'Allemagne et l'Espagne. Acquises à un prix avantageux au moment où le titre EADS avait perdu 43 % (entre mars et juin), les actions achetées par la Vnechtorgbank ne seront pas revendues, affirme Vedomosti.

A Moscou, les analystes financiers interprètent unanimement cette acquisition comme le signe de la volonté russe de participer à la gestion d'EADS. "Pour l'instant il s'agit d'un investissement de portefeuille, mais cela pourrait évoluer de façon plus sérieuse", a expliqué Ruslan Poukhov, directeur du Centre d'analyse des stratégies et des technologies, au quotidien anglophone Moscow Times. La banque, le groupe européen et l'Etat français se sont refusés à tout commentaire.

Vnechtorgbank apparaît comme l'instrument de l'Etat russe dans la prise de contrôle des secteurs stratégiques de l'économie voulue par Vladimir Poutine. En décembre 2005, la banque, aux côtés de la société Rosoboronexport - qui gère le commerce des armes - a mis la main sur le constructeur automobile Avtovaz.

Son attrait pour l'aéronautique est conforme aux plans dessinés par le Kremlin d'un rôle accru de la Russie dans ce domaine. Naguère fleuron de l'industrie soviétique, l'aéronautique russe a beaucoup perdu ces dernières années. Sa production est négligeable : les derniers modèles de l'aviation civile, tels le Tupolev 204 et l'Iliouchine 96 conçus il y a une quinzaine d'années, ne soutiennent pas la comparaison avec les Boeing ou les Airbus.

Soucieux de ranimer ce secteur très délité, M. Poutine a jeté les bases, en février 2006, de la création d'un consortium aéronautique unifié (OAK) où ont été rassemblées les principales unités de constructions civiles et militaires du pays (Soukhoï, MiG, Tupolev, Iakovlev, Irkout).

C'est à l'OAK, dont la création sera formalisée en septembre, que reviendront au final les actions acquises par la Vnechtorgbank. Fort de sa coopération avec la Russie, EADS est cité comme le groupe étranger le plus à même de prendre des parts dans ce consortium. Il y aurait donc des participations croisées.

A l'heure actuelle, EADS et sa filiale Airbus sont très présents en Russie. En 2005, EADS a acquis 10 % d'Irkout, constructeur russe d'avions de chasse et dispose d'un centre d'ingénierie local où travaillent 120 personnes.

Airbus, contrôlé par EADS, pratique - tout comme son concurrent américain Boeing - la sous-traitance délocalisée en Russie afin de réduire ses coûts, un ingénieur russe étant payé cinq fois moins qu'un ingénieur occidental. En juin 2006, Irkut et Airbus se sont engagés à créer une entreprise mixte spécialisée dans la reconversion d'Airbus A320 et A321 en cargos.

La prise de participation russe dans le groupe européen pourrait augmenter les chances d'Airbus de remporter le marché du renouvellement des longs-courriers russes. La compagnie publique Aeroflot (détenue à 51 % par l'Etat), qui envisage l'achat de 22 avions de ligne, devrait annoncer d'ici à la fin de l'année qui, d'Airbus ou de Boeing, remportera le marché estimé à 3 milliards de dollars.

Au moment où les Russes arrivent par surprise chez EADS, le groupe a souligné, mardi, son intérêt pour l'Inde. Accompagnant le ministre allemand de l'économie, Michael Glos, dans ce pays, Thomas Enders, coprésident du groupe, a annoncé qu'EADS investira jusqu'à 2 milliards d'euros au cours des quinze prochaines années, dans des sites de recherche et de production. "L'Inde est en train de devenir un acteur majeur de l'industrie aéronautique", a-t-il affirmé "C'est un pays prioritaire pour EADS, car il offre du potentiel de marché et de solides compétences dans l'aérospatial et la défense". L'objectif est de créer 2 000 emplois.

Toutes les activités du groupe et les sous-traitants seront rassemblés sur un seul site, qui sera choisi prochainement. Outre la vente d'Airbus, EADS vise celle d'avions militaires. L'Eurofighter devrait participer à l'appel d'offres pour 126 avions de chasse, destinés à remplacer des Mig-21. Ce contrat avoisinerait les 9 milliards de dollars. D'autre part, Eurocopter devrait coopérer avec l'indien HAL pour développer un nouvel hélicoptère militaire.