Nouvelle rivalité entre Moscou et Washington
Le "non" américain sur lequel a buté la détermination de la Russie d'utiliser le mécanisme du Conseil de sécurité de l'ONU contre les autorités géorgiennes n'a pas été une surprise. C'en aurait vraiment été une, si les Etats-Unis avaient soutenu le projet de résolution sur la Géorgie proposé par Moscou.
Certes, le président Saakachvili peut se réjouir que Washington ait réagi en reconnaissant le rôle, accru aux yeux des Etats-Unis, de la "petite Géorgie" dans la promotion des idéaux de la liberté et la démocratie dans la région. Mais il se fait des illusions: la contribution du leader géorgien à ce que l'on appelle à Washington "la voie de la liberté" et à Moscou "le retour à 1937" n'y est pour rien. L'affaire n'est pas là, ce qui ne signifie d'ailleurs pas que le soutien apporté par les Etats-Unis à la Géorgie sera momentané. Une aide américaine massive sera garantie à la Géorgie, et pas à elle seule, dans un avenir prévisible.
La nouvelle rivalité entre Moscou et Washington en est le gage. Et là peu importe de quoi il s'agit, de la Géorgie ou de l'Ukraine, de la Syrie ou de l'Iran, de la Chine ou du Venezuela. Les relations russo-américaines qui reviennent aux principes "oeil pour oeil" sont la clé pour comprendre une grande partie de la politique internationale.
Certes, une réédition de la "guerre froide" dans sa forme ancienne ou de la crise des Caraïbes est impossible. Tout n'est pas aussi dramatique. Aujourd'hui le principe "oeil pour oeil" doit être interprété comme un échange de "piques" acérées. En se préparant à une confrontation non affichée, les Etats-Unis et la Russie en ont accumulé tout un stock.
L'une des conséquences de cette situation est le retour du fameux principe "patron-client" qui a dominé dans la politique mondiale à l'époque du face-à-face entre l'URSS et les Etats-Unis mais qui a reculé ensuite à l'arrière-plan. Comme à un certain moment le rôle des clients a diminué, de même que la nécessité d'en avoir, et un groupe important d'Etats du monde en développement se sont retirés des blocs, se privant d'un "frère aîné", soviétique ou américain. Mais les clients avec l'aide desquels Moscou et Washington peuvent amener le "partenaire-rival" à se faire du mauvais sang sont de nouveau à l'honneur.
Les clients sont les plus gros gagnants dans cette situation car ils obtiennent la possibilité de résoudre avec une aide extérieure les problèmes qu'ils n'auraient jamais résolus en navigation libre. Au prix, il est vrai, de leur politique indépendante qu'il est possible de vendre cher. Mais leurs patrons perdent doublement. Ils se dépensent en vain pour soutenir leurs frères cadets et laissent passer les chances sérieuses que leur procurait la coopération avec le partenaire stratégique d'hier.


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