Solidarité en Russie avec le soldat Sytchiov
Le martyre de l'appelé Andreï Sytchiov, 19 ans, amputé des deux jambes et des organes génitaux après avoir été torturé par des officiers et des soldats de son unité de Tcheliabinsk (Oural), continue à soulever une vague d'émotion en Russie. Près de 400 personnes ont manifesté, samedi 28 janvier, dans le centre de Moscou, exigeant la démission du ministre russe de la défense, Sergueï Ivanov. Plusieurs dizaines d'autres ont fait de même à Ekaterinbourg dans l'Oural d'où est originaire le soldat mutilé, actuellement en réanimation à l'hôpital de Tcheliabinsk.
Les deux manifestations ont été dispersées par la police. A Moscou, les manifestants — des jeunes gens en âge d'être appelés ainsi que des mères de famille — ont brandi des pancartes avec des inscriptions comme "Boycott de la conscription", "Honte à Ivanov" ou "Ivanov et Poutine démission", jusqu'à ce que la police les en empêche. Marina Litvinovitch, l'organisatrice du rassemblement — non autorisé —, a été assignée à comparaître devant un tribunal lundi matin. La jeune femme, qui dirige une fondation d'aide aux victimes du terrorisme, encourt une sanction administrative.
DÉMISSION RÉCLAMÉE
Le ministère russe de la défense a eu beau annoncer que onze soldats, dont trois officiers, étaient sous le coup d'une enquête et que l'un d'entre eux avait été mis en examen, le Comité des mères de soldats, un groupe de pression qui travaille sur les mauvais traitements au sein de l'armée et qui a largement contribué à faire éclater la vérité sur le sort du soldat Sytchiov, demande la démission du ministre. Les mères de soldats du comité ont raconté le mur de silence auquel elles se sont heurtées, dès lors qu'elles ont essayé d'enquêter. Personne, au sein de l'unité militaire, ne voulait parler, a expliqué l'une d'entre elles, Lioudmila Zintchenko. Le viol du soldat a été passé sous silence. "Le commandant en chef et ses ministres sont finalement responsables de ce que font les soldats et les officiers de notre armée", a expliqué la présidente du comité, Valentina Melnikova, avant de conclure dans un entretien à la radio Echo de Moscou : "Aucune directive ne pourra rien changer à la situation tant que tous les appelés sont considérés comme des esclaves dans les unités."
Un sondage, effectué par la radio, a montré qu'une large majorité d'auditeurs étaient favorables à l'éviction de Sergueï Ivanov, un proche de Vladimir Poutine, issu comme lui des services de sécurité (FSB, ex-KGB). Le cas du jeune appelé, connu de la hiérarchie militaire vingt-cinq jours après les faits seulement, a jeté une lumière crue sur les pratiques qui prévalent au sein de l'armée où les jeunes Russes (entre 18 et 27 ans) sont appelés à servir pendant deux ans.
En 2005, 140 000 conscrits ont été incorporés dans l'armée russe (1 million d'hommes). Toutefois le recrutement se fait difficilement. Les cas de mauvais traitements sont si nombreux que les conscrits rivalisent d'ingéniosité, payant des médecins pour se faire réformer. Au point que le parquet militaire vient de lancer une enquête au sein des bureaux de recrutement.

