La Russie attend l'aval de l'opinion pour abolir la peine de mort
En Europe, la peine de mort n'est plus sujet à débat. Depuis longtemps, on ne se demande pas si l'Etat peut ou non pratiquer la peine de mort, et il est juste question de graver son abolition dans la législation. Mardi dernier, la France a été le dernier pays membre de l'Union européenne à inscrire l'interdiction de la peine de mort dans sa Constitution, interdiction cependant consacrée dans la législation française depuis 1981.
La Russie reste parmi les rares pays d'Europe à ne pas avoir aboli la peine de mort: elle applique juste un moratoire introduit en 1996 par Boris Eltsine. A l'époque, cette décision était impopulaire, mais avec le temps elle l'est de moins en moins. En 1999, selon FOM, 68% des Russes prônaient le rétablissement de la peine de mort, et 19% réclamaient son abolition. En 2006, la proportion des partisans de la peine de mort a reculé à 63%, et celle des détracteurs a progressé à 27%. Le président russe qui a plus d'une fois prôné l'abolition de la peine de mort ne s'est pas décidé pour l'instant à demander aux députés d'adopter les amendements appropriés au Code pénal. Le Kremlin continue de louvoyer entre l'opinion publique et la nécessité de préserver de bonnes relations avec l'Europe, et il ne se hâte pas de trancher la question.
L'Etat dispose de temps pour prouver à ses citoyens la nécessité d'abolir la peine capitale. En effet, la Russie a pris du retard non seulement sur l'Europe, mais aussi sur certaines républiques de l'ex-URSS, dont l'Ukraine, la Géorgie et même le Turkménistan.
Contrairement à l'idée communément répandue, le durcissement de la punition - et l'expérience de beaucoup pays, y compris de l'URSS et de la Russie postsoviétique, le confirme - ne conduit pas à réduire la criminalité, comme son assouplissement ne conduit pas à l'augmenter. Ainsi, le nombre de meurtres, crime puni par la peine de mort selon le Code pénal en vigueur, a reculé entre 1995 et 2006 en passant de 31.700 à 27.500, à en croire le Service fédéral des statistiques (Rosstat).
Aux arguments "économiques" (une balle dans la tête revient moins cher que la détention d'un prisonnier), la réponse est simple: les prisonniers de ce type sont peu nombreux. Selon la Cour suprême russe, 56 personnes ont été condamnées à la prison à vie en 2005, et 27 autres au premier semestre de 2006. Enfin, il s'avère inutile d'invoquer la Convention du Conseil de l'Europe pour la prévention du terrorisme et se plaindre de la politique de deux poids deux mesures en réclamant l'extradition de terroristes, car l'article 21 de ladite Convention interdit l'extradition vers les pays n'ayant pas aboli la peine de mort.
Pour ce qui concerne la protection de la vie des citoyens, l'Etat peut passer outre à ce qu'ils en pensent. Les opinions évoluent. Selon TNS-Sofres, 62% des Français réclamaient le rétablissement de la peine de mort en 1981, année de son abolition, contre 33% d'avis contraires. 25 ans plus tard, le rapport est de 42% contre 52%.


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