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2.5.07

Les investisseurs russes ne sont pas les bienvenus en Europe

La Russie est de plus en plus ouverte aux investisseurs étrangers. En témoignent l'augmentation du nombre de transactions, que ce soit l'acquisition d'actifs russes par des compagnies étrangères ou l'inverse. En 2006, le montant de ces opérations a doublé par rapport à 2005. Cependant, le taux d'intégration du monde des affaires russe dans le système mondial des rapports économiques aurait été beaucoup plus notable si les hommes d'affaires russes n'avaient pas rencontré autant d'obstacles en tentant d'acheter des entreprises en Occident.

Selon un rapport de la société d'audit international KPMG intitulé "Le marché russe des fusions et absorptions en 2006", l'intérêt des Russes pour l'acquisition de sociétés ou de participations ne cesse de grandir. Le nombre de transactions rendues publiques a augmenté de 62%, passant de 505 à 817. La part des transactions publiques dans ce secteur a été de 56% en 2006 contre 30% en 2005. Le rapport évoque les données de Thompson Financial selon lesquelles le volume total des fusions et absorptions réalisées en Russie aurait augmenté à 63,6 milliards de dollars, contre 40,5 milliards de dollars en 2005. Les transactions non publiques restent toujours nombreuses. Selon certaines évaluations, leur volume pourrait atteindre 20 milliards de dollars. Le montant moyen d'une opération dans le secteur transparent du marché s'est élevé à 77,8 millions de dollars contre 80 millions en 2005. Cet état de choses s'explique par une activité grandissante des investisseurs dans les segments de prix bas et moyen et la diminution des méga-transactions.

Cette dynamique positive du marché russe des fusions et absorptions est le résultat des changements qualitatifs et quantitatifs de la conjoncture russe. Selon les Statistiques russes, en 2006 le volume des investissements directs étrangers a été multiplié par deux pour atteindre 35 milliards de dollars, tandis que le flux de capitaux étrangers s'est chiffré à 41 milliards de dollars. Nous pouvons prévoir, ces indices à l'appui, que de 25 à 30 milliards de dollars au minimum seront investis par les étrangers en Russie cette année. Le processus d'intégration qui ne faiblit pas dans de nombreux secteurs démontre que les plus grandes industries passent à un niveau d'intégration et de croissance organique plus élevé. On observe un accroissement de la transparence du marché russe. Par exemple, les sociétés russes font de plus en plus souvent appel à l'expérience étrangère en matière d'introductions en bourse (IPO). Le montant des opérations avec la participation de capitaux étrangers s'est élevé à 24,4 milliards de dollars en 2006 (+90%). La part de ces opérations dans le volume global du marché russe des fusions et absorptions a été de 38,3% alors qu'elle pesait 32% en 2005. Le nombre d'opérations d'achat d'actifs russes par les établissements financiers de niveau international a atteint 201, leur montant se chiffrant à 14,5 milliards de dollars contre 4,3 milliards l'année précédente.

S'il n'y a pas longtemps les investisseurs stratégiques s'intéressaient surtout à l'industrie d'extraction, aujourd'hui toutes les branches de l'économie russes sont attractives pour eux. Ils ont racheté des entreprises du secteur du pétrole et du gaz pour 7 milliards de dollars, des établissements financiers pour 3,7 milliards, des sociétés sidérurgiques et minières pour 1,1 milliard et des entreprises des secteurs tertiaire et du commerce pour 800 millions de dollars. La part européenne (en numéraire) dans les opérations réalisées sur le marché russe constitue 58%. Les Européens ont investi 8,6 milliards de dollars dans le rachat de sociétés russes, soit le double par rapport à 2005 (4,2 milliards). Le fait que les Occidentaux cherchent à entrer sur le prometteur marché russe sans intermédiaires contribue à améliorer l'attractivité des affaires en Russie. Les efforts déployés l'année dernière par les autorités russes en vue d'encourager l'afflux d'investissements étrangers y ont également contribué. Le gouvernement accorde une attention plus soutenue à la régulation législative de ces processus.

La situation des hommes d'affaires russes n'est pas aussi réjouissante. Ils portent un réel intérêt à l'achat d'actifs en Occident. A l'origine de cet intérêt se trouve l'aspiration à étendre leur présence géographique, à accéder à des développements et des technologies étrangères, à l'intégration verticale et horizontale, à une entrée rapide de sociétés non publiques dans les bourses occidentales. La part du marché russe des fusions et absorptions dans le volume global mondial a augmenté de 1,8% à 2%, et en Europe de 4,4% à 6%. Néanmoins, ces indices auraient pu être plus impressionnants.

Mais les hommes d'affaires russes doivent surmonter de nombreux obstacles avant de pénétrer sur le marché européen. Ils se heurtent à des barrières administratives tant au niveau local que national. Le coût des actifs que les Russes ont réussi à acquérir en Europe a diminué de 35%, passant de 5,4 milliards de dollars à 3,4 milliards. Des opérations pour un montant de 50 milliards de dollars n'ont pas été réalisées pour des raisons économiques, politiques ou culturelles. Parmi les sociétés russes qui se sont heurtées à des refus d'achat, on trouve Gazprom (la britannique Centrica - 20 mds USD, l'italienne Eni - 8 mds USD, la polonaise PGNiG - 1,5 md USD), Severstal (Arcelor - 13 mds USD), AFK Sistema (Deutsche Telecom - 10 mds USD), Lukoil (Mazeikiu Nafta - 1,5 md USD), le géant sidérurgique de Magnitogorsk-MMK (Pakistan Steel). Tous les ennuis des Russes sont dus à l'image négative de la Russie qui prévaut dans le monde. La politique informationnelle des médias occidentaux ne contribue pas elle non plus à promouvoir une attitude bienveillante envers la Russie.

D'ailleurs, tous ces problèmes sont solubles. Les Russes espèrent que les Européens réviseront leur attitude envers le monde des affaires russe. Le rapprochement réciproque est inévitable compte tenu du fait que l'Union européenne est le partenaire commercial le plus important de la Russie. En outre, l'adhésion prochaine de la Russie à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) offre de nouvelles opportunités pour l'intégration russo-européenne.